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Couples islamo-chrétiens,
Au fil des jours

L’un est catholique, l’autre est musulman. Nés en France, au Mali, en Tunisie ou ailleurs, ils ont un jour décidé, souvent contre vents et marées, de s’unir et de fonder une famille. Depuis 40 ans, un réseau soutient ces couples dans leur parcours et dans leur foi. C’est le GFIC, groupe de foyers islamo-chrétiens.
Aurélie et Mohamed, Myriam et Maxime, Jamaa et Pascal, Lucie et Adel, Patricia et Abdessamé, avec leurs enfants, font partie de ce réseau d’amitié. Tous ont accepté d’ouvrir leur porte et de partager leur de vie de famille. Repas, échanges, visites, devoirs après l’école, courses dans le quartier, etc, ces scènes de vie quotidiennes se savourent pourtant particulièrement. Elles sont les fruits d’un profond engagement pour le respect des différences culturelles et religieuses.
François Diot, photographe, a partagé le quotidien de ces cinq familles et a réalisé ce portfolio. Un voyage en France et en Belgique, qui fut pour lui « la possibilité de mettre des visages sur une réalité que beaucoup ont peine à voir, les beaux visages de l’amour vécu, de l’amitié offerte. »



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Aurélie et Mohamed
avec Yann

Aurélie et Mohamed habitent un quartier populaire de Paris, avec une forte présence du logement social et de l’immigration. Leur vie de famille se nourrit de la culture du Mali, où il est né, où elle a voyagé. Elle manifeste aussi la société française.

Aurélie vient de voter dans la future école maternelle de Yann. Mohamed n’a pas voté : il est malien. Il demande la nationalité française, pour le passeport, « pour passer les frontières ensemble ».
Cela n’effacera pas les stigmates  : « Dans une société assez raciste, quand on “a des origines”, on n’est plus chez soi… ».
« Face à l’extrême-droite, j’ai d’autant plus voté ! » ajoute Aurélie.

« C’est le rituel impératif du dimanche matin : le marché, le café », pour se retrouver en famille après la semaine de travail.
« Ici on est comme Yann : dans le métissage ». Car la place du marché est « à la croisée du quartier bobo et du quartier populaire.
Des deux côtés, des gens restent “décalés” face à la société, les uns comme artistes, les autres par leurs origines. Mais on est ici ensemble. »

« On essaye de comprendre ». Aurélie : « Je suis dans la modernité, pas ces jeunes femmes. »
Mohamed : « Quand on te renvoie toujours à tes différences, tout ce qui te reste, c’est tes différences.
La marque identitaire, c’est une protection contre le racisme, une peur de l’autre, parfois une manipulation.
Pas une question religieuse : les maliennes musulmanes ne se couvrent que pour la prière. »

Zoumana passe chercher Mohamed pour aller chez un ami. Il respecte ainsi un “grand frère”, même de peu son aîné.
Il prend Yann dans les bras : « Les enfants sont les enfants de tous. Celui qui entre dans la maison est un “tonton”, l’éducation est partagée. »
La religion, elle, est une démarche personnelle : le père la transmet à son enfant en lui montrant sa prière, puis le laisse libre.

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Myriam et Maxime
avec Abel

Maxime, issu d’une famille d’entrepreneurs nantais, et Myriam, née d’une famille ouvrière immigrée de Tunisie, vivent à Nantes. Ils font partie de ces jeunes couples qui prennent le relais des fondateurs du GFIC, tels que Jacqueline et Miloud Miraoui, leurs voisins et amis.

L’affiche : la famille de Maxime a fondé une grande conserverie nantaise.
D’un tout autre milieu, Myriam a été très bien accueillie dans sa belle-famille.
Maxime : « La foi et les valeurs de l’Islam ont créé un lien avec mes parents et mes grands-parents.
Ils étaient heureux, comme chrétiens, d’accueillir une femme croyant en Dieu. C’est que nous cultivons la liberté dans nos religions respectives ».

Visite de Miloud, passage de témoin : Miloud et Jacqueline ont fondé le GFIC il y a 40 ans, ils ont accompagné Maxime et Myriam vers leur mariage.
Miloud y représentait l’islam et, à côté du prêtre, les a bénis. Depuis, ils se retrouvent régulièrement.
Ainsi épaulés, Maxime et Myriam accueillent à leur tour des couples islamo-chrétiens en quête de repères et de soutien dans leur projet de mariage.

Comme Miloud, le père de Myriam est arrivé en France pour travailler en usine. Il n’a pas accepté son mariage avec un chrétien, alors que la mère de Myriam était présente à la cérémonie.
Comme Miloud, Myriam veut transmettre son témoignage : son cheminement avec Maxime, ses rencontres avec d’autres familles.
Elle en a tiré un livre, Le baiser du Ramadan, bientôt publié.

La chambre d’Abel affiche l’ouverture que Maxime et Myriam veulent offrir à leur enfant.
La carte, ramenée d’un voyage au Liban et dans les Balkans, ouvre sur toutes les cultures.
« Nous aimerions transmettre à Abel notre sens du voyage et de la rencontre. »
Encadrés, à droite, les lettres et les chiffres arabes font signes vers la culture de Myriam.

« On pense que je ne bois pas d’alcool parce que je suis musulmane. C’est juste que je n’aime pas l’alcool ! »
Les pratiques alimentaires sont très personnelles et Myriam n’aime pas qu’on la juge là-dessus.
« Je n’ai jamais mangé de porc et je continue : c’est un pilier de ma famille et c’est une composante de mon identité. »

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Jamaa et Pascal
avec Melissa et Jasmine

Pascal et Jamaa ont grandi en banlieue parisienne, dans le monde ouvrier. Dès leur jeunesse, ils ont tous deux été marqués par l’action des chrétiens dans leur milieu. C’est autour d’un prêtre, Jean-Louis, que s’est faite ainsi leur rencontre, qui se poursuit aujourd’hui en famille.

Jean-Louis a célébré le mariage de Pascal et Jamaa aux côtés d’un ami musulman qui a fait office d’imam.
Depuis, il partage toutes leurs joies et leurs difficultés, il est un précieux conseiller dans les décisions.
Tous partagent une conviction : « Le “vivre ensemble”, le respect de chacun, c’est nécessaire et c’est possible.
 On peut soulever des montagnes avec l’amour qu’on a ensemble.

Jamaa : « Jean-Louis, c’est mon “grand frère” ». Adolescente, elle l’a connu à la Cité du Val-Fourré (Mantes-la-Jolie) où Jean-Louis était curé de la paroisse.
« Il m’a permis de comprendre les choses de la vie, et les chrétiens, et aussi l’Islam, en le redécouvrant avec mes propres moyens.
Il m’a permis de garder ma foi. Il m’a ouvert à la confiance et à la tolérance. Je remercie Dieu pour ça ! »

Engagé dans la JOC, Pascal a ainsi rencontré Jean-Louis… et Jamaa. Il a approfondi son engagement spirituel, dans l’ouverture et l’esprit de partage.
« Mais aujourd’hui, les musulmans et les chrétiens regardent d’abord leur communauté, s’interrogent les uns sur les autres ; il n’y a plus d’accueil spontané. »
« Les attentats nous touchent : nous ressentons à chaque fois le risque de nous montrer dans notre mixité religieuse. »

Melissa profite de la venue de son parrain pour parler avec lui. Elle le fait souvent.
« Jean-Louis sait que j’ai été éduquée dans les deux religions, donc je peux tout lui dire, il me comprend. »
C’est la relation à l’adulte côté “jardin secret” : « Quand j’ai besoin de parler, c’est Jean-Louis que j’appelle, avant ma mère.
Il me soutient, il est toujours de bon conseil, il sait m’aiguiller. »

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Lucie et Adel
avec 3 enfants

Lucie et Adel vivent en région parisienne. Leurs racines sont diverses : l’Algérie, la France, l’Espagne. Ils ont cheminé chacun par rapport à la religion de l’autre, ce qui leur offre des lignes directrices bien affirmées dans l’éducation de leurs trois garçons.

Adel et Lucie souhaitent la discrétion, surtout pour leurs enfants, mais ils tiennent à témoigner de leur vie en couple mixte :
« C'est que cette réalité représente un bel espoir pour le vivre ensemble, un symbole fort face à la tentation du repli identitaire et de l'enfermement. »
Le vivre ensemble demande à être entretenu, cultivé, en élaguant « ses peurs et ses apriori, pour s'entendre. »

Beaucoup de livres reflètent le dialogue interreligieux à l’intérieur du couple :
« La rencontre d'une personne de religion différente pousse à mieux comprendre la foi de l’autre, le sens de ses pratiques et de ses dogmes. »
Ainsi, Lucie s’est investie dans l'étude de l'islam : « J’ai découvert une religion d'ouverture et de tolérance. Du coup, paradoxalement, j’ai approfondi ma propre religion. »

Lucie et Adel ont choisi d'apporter une double éducation religieuse à leurs enfants.
Lucie : « On est loin du syncrétisme religieux : nous creusons nos religions respectives pour mieux les comprendre et cheminer ensemble vers Dieu, avec nos spécificités. »
Adel : « Nous les initions à la pratique de l’islam et du christianisme, nous leur faisons découvrir les valeurs communes qui les guident. »

Adel fait répéter ses leçons à l’ainé. « En tant que couples mixtes, on est confrontés à des questions particulières,
mais, au quotidien, les problèmes sont très banals : courses, ménage, devoirs… Cela dit, avoir une religion différente de l’autre
implique très tôt dans l’histoire du couple de se poser des questions approfondies sur le sens de la vie à deux, l’éducation des enfants, etc. »

Lucie répond aux préjugés : « Epouser un musulman d'origine algérienne, ce n'est pas le divorce assuré… »
Adel : « C'est au contraire une expérience très riche spirituellement et culturellement. »
Lucie et Adel évoquent un cheminement, qui mène à l’autre, qui conduit à « entrer dans la logique de sa religion,
ce qui permet en retour de mieux comprendre la sienne. »

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Patricia et Abdessamé,
avec Saadi, Marie et Younes

Abdessamé, couramment appelé Abdess, est arrivé en Belgique à 2 ans, après que son père ait immigré du Maroc. Adulte, il s’est investi dans l’action sociale, où il a rencontré Patricia. Ils ont développé ensemble les rencontres de couples islamo-chrétiens, en lien avec le GFIC en France.

Ramadan. Il fait jour, Abdess ne mange pas. « Chacun laisse la liberté à l’autre dans sa pratique… et l’y accompagne. »
Les rites des deux religions donnent lieu à un respect mutuel et à des fêtes vécues dans chaque famille selon sa foi et sa culture.
« C’est logique par rapport à nos choix. Ce que nous voulons transmettre à nos enfants, ce ne sont pas des directions, c’est une cohérence. »

Abdess aime se promener vers le plan incliné de Ronquières, qui évite aux péniches de franchir de nombreuses écluses.
« J’ai grandi dans une commune où nous étions peu d’immigrés, j’ai plus facilement trouvé ma place. »
Lorsque qu’il rencontre Patricia, il y a entre eux des malentendus : « Mon désir de partager mes lectures était pris pour du prosélytisme. »
Les obstacles sont franchis au fil des années, ils se marient.

Les trois enfants sont très engagés dans le scoutisme, qui accueille des jeunes de toute confession.
Patricia : « Pour les chrétiens, la spiritualité en communauté est importante. Nos enfants ont pu l’exercer de manière mixte, dans des valeurs communes aux deux traditions. »
Saadi et Younes s’identifient davantage à l’islam, pas Marie. « On est allé à Taizé. Les trois s’y sont sentis bien. »

L’icône a été achetée en soutien aux moines éthiopiens qui l’ont peinte.
La Vierge porte le Christ, saint Georges combat le dragon : « c’est la sagesse qui maîtrise les passions. »
Ailleurs dans la pièce, des statues de Bouddha invitent à la même sérénité.
Sur la table, Abdess a préparé les mets traditionnels pour el iftar, le repas de rupture du jeûne.

Abdess prépare l’harira, la soupe traditionnelle de la rupture du jeûne.
« Ma mère, mes sœurs font cette soupe. Quand je la fais, ça me rappelle ma famille, mon histoire ».
« C’est pour cela que, quand c’est moi, elle n’a pas le même goût ! » ajoute Patricia.
« L’histoire se transmet : les enfants aiment manger dans chaque famille ce qui correspond à chaque fête. »

Rupture du jeûne. L’harira est servie. Via le téléphone connecté à une radio, l’appel à la prière retentit au coucher du soleil.
Chacun la partage à voix basse ou intérieurement. Autour de la table, la famille s’est élargie à un couple de réfugiés irakiens et à un jeune syrien.
D’autres soirs, la famille mange chez les frères et sœurs d’Abdès. « Le ramadan est le temps de l’hospitalité. »

CréditsPortfolio COUPLES ISLAMO-CHRÉTIENS, AU FIL DES JOURS

Photos : François Diot | Mosaïque
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